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Grand Maître du
Taijiquan Dr. Jian Liujun L'esprit d'une tradition
Interview
exclusive avec Dr. Jian de l'Institut du Quimétao à Paris
Ceinture Noire, Le Magazine des Pratiquants
d'Arts Martiaux
Mars-Avril 2008
En Europe, Dr. Jian est considéré comme l'un
des plus grands experts de Wushu et Ceinture Noire a eu l'occasion
de rencontrer ce Grand Maître chinois et de faire une interview
exclusive passionnante nous dévoilant les coulisses de la scène
chinoise des arts martiaux.
Ceinture Noire: Dr Jian, quand et chez qui avez-vous obtenu
vos dan?
Dr. Jian : En 2004, j'ai obtenu la 6ème dan de Wushu de
Chine.
CN : Y a-t-il quelque chose qui vous a particulièrement
fasciné dans le passé, en dehors de votre contact direct avec vos
professeurs chinois?
Dr Jian : Oui, certainement! Il s'agissait surtout des 108
héros décrits dans le livre « Shui Hu » (Au bord de l'eau). Il y a
également un roman « La légende du héros chasseur d'aigle » de LING
Huchong qui me passionne. C'est mon idole.

L'efficacité repose aussi sur l'équilibre
CN : Quelle autre discipline d'arts martiaux vous plait
également à part le Wushu?
Dr. Jian : Le Qi Gong. Parce que cette discipline permet de
cultiver l'énergie interne qui joue un rôle très im80rtant dans la
santé physique et mentale.
80% de nos maladies sont issues des émotions mal gérées et de
problèmes psychologiques. Le Qi Gong nous permet de faire face à
tout cela et ainsi de vivre bien et plus longtemps. Par ailleurs,
c'est une très bonne base pour être meilleur dans d'autres
disciplines martiales. Beaucoup d'écoles d'arts martiaux intègrent
aujourd'hui le Qi Gong dans leur enseignement.
Quand le pinceau devient épée
CN : Quelle est concrètement votre
occupation artistique?
Dr. Jian: J'apprécie surtout la calligraphie. Car pour
pratiquer cet art on doit être à l'intérieur de soi très calme.
C'est indispensable car, pour que la gestuelle de la main soit
fluide, il faut que le corps soit totalement relâché, détendu. C'est
uniquement dans ces conditions que l'artiste, qui emploie son champ
d'énergie à bon escient, peut diriger l'énergie vers la page. Ce
n'est qu'ainsi que l'on peut s'adonner à son occupation.
L'exercice avec le pinceau ressemble finalement à l'exercice d'épée.
D'une certaine façon, durant cette opération approfondie, le pinceau
devient cette épée. Pendant un temps je n'ai pas eu la possibilité
de pratiquer la calligraphie. Pourtant, lorsque je fais les progrès
dans les arts martiaux, je progresse également en calligraphie.
C'est complémentaire.

CN: Quels sont vos meilleurs souvenirs?
Dr. Jian : Mon meilleur souvenir remonte à il y a bien
longtemps. Je me souviens de la première fois que j'ai visité le
temple de Shaolin et le monastère de Wudang. C'était magnifique! Ce
sont deux lieux sacrés pour le Wushu interne et externe. Ces deux
endroits sont le théâtre des légendes les plus connues. La première
fois qu'on le visite cela évoque toutes ces fables que l'on a lues,
entendues, vues. Et vous y êtes! Un sentiment incroyable! J'ai bien
sûr d'autres souvenirs qui se sont imprégnés. Je me souviens très
bien aussi de la première fois que j'ai cassé une brique à mains
nues! Après plusieurs années d'entraînement assidu, j'avais enfin
réussi à réaliser ce qui m'avait le plus impressionné étant petit!
Pour moi, en tant qu'adolescent, c'était un sentiment très fort.
Malgré une assiduité, beaucoup de difficultés
CN : Quels sont vos pires souvenirs?
Dr. Jian : Lorsque j'ai quitté la Chine pour venir en France
et que j'ai du apprendre le Français. C'était très difficile pour
moi! Surtout du fait que j'ai commencé à l'âge de 30 ans! Je
n'obtenais pas toujours de très bonnes notes dans cette matière
alors que j'étais un élève doué! J'avais surtout des difficultés à
prononcer distinctement les lettres P et B, ainsi que le T et le D !
CN: Pour en revenir sur votre programme quotidien d'arts
martiaux, quelle est votre opinion sur la musculation?
Dr. Jian : Avec la bonne compréhension de la
musculation, si elle va dans le sens des principes chinois, je
trouve celle-ci au sein des arts martiaux pour logique. Je ne parle
pas de la musculation dans son sens habituel, c'est-à-dire au sens
de la culture euro américaines, avec ses appareils dans un centre de
fitness. Non, je parle plutôt de la méthode chinoise. Une méthode
traditionnelle qui entraîne parallèlement au pur aspect de la
puissance, le facteur de la souplesse et de l'aptitude à se
détendre. Avant d'approfondir ces aspects, je voudrais souligner
quelque chose d'essentiel: Que l'on pratique le Qi Gong ou le Tai Ji,
le but reste toujours le même: les techniques doivent être
perfectionnées.
De plus, le corps et l'esprit doivent être entraînés et formés dans
un procès continu sous la direction expérimentée d'un Maître. Le but
de cette formation est de pouvoir harmoniser de façon optimale le
corps avec l 'esprit, chose aussi élémentaire. Point important, le
corps et l'esprit doivent être relâchés au maximum. Parallèlement à
d'autres facteurs, celui ce la souplesse est extrêmement important.
Il existe chez nous, en Chine, un proverbe qui dit " C'est
quand vous êtes le plus souple que vous êtes le plus fort ". En
observant bien, les éléments de puissance et de souplesse reposent
l'un à côté de l'autre.
Observez la nature
Dr Jian poursuit: Regardez autour de vous, prenez le temps
d'observer la nature. L'eau, par exemple, est en fait l'un des
éléments les plus souple.
Quand elle est calme, l'eau cède sous la pression ce qui vous permet
alors de pouvoir nager tranquillement jusqu'au fond de la mer. Mais
faîtes l'expérience de frapper d'un coup sec avec un objet sur sa
surface, vous constaterez alors que l'eau est très dure. A forte
vitesse, on peut même dire qu'elle ressemble à du béton! Cet élément
présente alors son puissant côté de résistance et sa force extrême.
On peut également illustrer la puissance d'un fleuve banal,
tranquille en regardant les silex arrondis que l'on trouve le long
des berges. Cet exemple démontre clairement la force que ces
éléments souples peuvent avoir. Dans cette pratique traditionnelle
chinoise, on ne cherche pas à développer les muscles en volume par
le biais d'appareils spéciaux d'entraînement.

On utilise plutôt des techniques comme les 8 pièces de brocart (le
Ba Duan Jin) et le Renouvellement des Tendons (Yi Jin Jing). Il
s'agit d'un travail dit de musculation chinoise qui alterne des
gestes de contraction et de relâchement. Cela permet d'améliorer la
qualité des muscles et des tendons, de les renforcer (ainsi que les
os) tout en augmentant leur souplesse. C'est très différent de la
musculation occidentale.
CN : Comment passez-vous votre temps libre?
Dr. Jian : Dès que j'ai un peu de temps libre, je pratique la
calligraphie. J'aime lire un roman, allez au cinéma regarder un bon
film. Quelques fois je vp.is tout simplement me balader. Au fond de
moi, je vie pour mon art. Je suis de tout corps professeur de Qi
Gong et d'art martiaux avec un profond intérêt pour les aspects de
la médecine chinoise. Chose logique du fait que j'ai été médecin en
MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise) en Chine et que je suis
diplômé de l'Université de MTC de Canton. À l'époque, j'avais
également fait un stage à l'hôpital Broussais afin de poursuivre mes
recherches. J'ai bientôt 51 ans mais me sens bien plus jeune! Cela
est certainement dû à mon entraînement quotidien ainsi qu'à une vie
équilibrée, agrémentée d'exercices de méditation et de respiration.
Autre point qui joue aussi un rôle important, est la façon dont on
est élevé. Je suis le 3ème d'une famille de 6 enfants. J'ai jouit
d'une enfance heureuse dans une famille intacte. Mon père était
cadre à la poste de Chine. Ma mère était employée dans cette même
entreprise. Chose sur laquelle je suis fier: personne ne pratiquait
les arts martiaux dans ma famille. Sous mon influence, ils ont tous
appris le Qi Gong et le Tai Ji ! J'ai deux enfants, un garçon et une
fille.
Attendons de voir ce que l'avenir leur réserve ...
Cultiver nos capacités et
ambitionner l'harmonie
CN : Que pensez-vous de l'évolution
future des Arts Martiaux?Dr. Jian : Je
pense que les arts martiaux vont se développer de plus en plus.3
sortes de techniques coexistent déjà: le style traditionnel, celui
de compétition et le style de démonstration. Ces 3 déclinaisons vont
se développer ensemble. Je pense que les arts martiaux traditionnels
doivent être de plus en plus aimés, appréciés et pratiqués par tout
le monde. Il est évident que ces pratiques cor naîtront un réel
essor dans les années à venir. Les techniques internes s'adaptent à
tout le monde quand elles sont bien entraînées.
Moins impressionnantes, elles sont pour autant très riches, tant
d'un point de vue technique que culturel ou philosophique. Cela
cultive notre capacité à entretenir notre santé et à trouver des
solutions pour améliorer notre vie quotidienne, même au travail!
Nous devrions avoir toujours pour but/a:atteindre un commun
harmonieux et de faire le nécessaire dans notre vie de tous les
jours pour que ce but devienne réalité, que ce soit au travail,
devant son ordinateur ou en famille! CN :
Que signifient pour vous le Qi Gong et le Tai Chi?
Dr. Jian: " existe de nombreux aspects, mais pour moi, c'est
avant toute chose le travail de l'esprit.
Travailler le côté technique des arts martiaux est une chose, mais
travailler l'esprit en est une autre. Je pense qu'il faut d'abord
apprendre à être " un Homme de bien ".
L'apprentissage des techniques, exécuté avec la peine adéquate, nous
entraîne automatiquement sur le bon chemin. En effet, si notre tête
n'est pas au calme, le corps ne peut pas être relâché, l'énergie est
alors bloquée, la technique est stérile. Pour être efficace
techniquement, il faut travailler son esprit, l'apaiser, pour
libérer l'énergie.
Le combat reste le même
CN : Que pensez-vous du combat féminin?
Dr. Jian : Qu'il soit féminin ou masculin, le
combat est le même.
Certains se posent certainement le question: pourquoi les femmes
doivent-elles apprendre à combattre? En fait la question devrait
être la suivante: pourquoi pas? De plus, il faut souligner certains
faits: Le combat sert à renforcer la force de l'esprit et notre
capacité de réaction dans des situations extrêmes. Tous ces aspects
peuvent être également mis en pratique partout et en tout temps.
Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas apprendre ces aspects,
mais rester exclues? Il faut voir cela comme un avantage pour elles,
car si les femmes apprennent ces techniques de combat, cela leur
permettra de faire face plus facilement à des situations
dangereuses. Ce savoir peut leur être très utile.
CN : Qu'est-ce que vous ont apporté les Arts
Martiaux?
Dr. Jian: Les disciplines que j'exerce me permettent d'avoir
une bonne santé, mentale et physique. Je garde une grande souplesse
des tendons et des muscles. De plus je suis globalement plus
résistant que les autres face aux virus etc. Je suis en excellente
santé! Pour le prouver, je n'ai eu que deux rhumes en 17 ans! Je ne
porte pas non plus de lunettes. La pratique des arts martiaux me
permet de supporter de longues heures de travail sans montrer le
moindre signe de faiblesse. De plus, mon métier dans les arts
martiaux m'offre d 'autres avantages pour mon évolution personnelle.
Organisation optimale de sa vie par l'expérience
EN: Pouvez-vous SVP concrétiser votre idée?
Dr. Jian : Et bien, un avantage qui est primordial, et que
j'ai grâce à mon métier est le suivant: En tant que Maître
enseignant, j'ai la chance de rencontrer une multitude de personnes
différentes. Ceci est très positif, car ainsi je peux mieux
comprendre les contextes sociaux. J 'apprends à connaître les
diverses couches sociales et individuelles, ce qui est un gain à mes
yeux. De part toutes ces expériences je n'arrête pas d'apprendre.
Cela me permet de structurer ma vie de façon optimale. De plus, avec
le contact d'autant d'élèves, on devient plus sensible pour les
problèmes et les besoins de ses semblables. Vous souvenez vous de ce
que je disais au début de cette interview? Depuis ma tendre enfance
je souhaite aider les plus faibles. C'est ce que je fais d'une
certaine façon aujourd'hui par le biais des arts martiaux. Non
seulement j'essaye de transmettre des techniques, mais je contribue
aussi à un mieux être dans nos vies. Il n'est pas rare que mes
élèves me soutiennent dans cette aventure, et je les en remercie
chaleureusement.
CN : Quelles sont vos domaines
martiaux préférés dans lesquels vous vous bouger, et que planifiez
vous pour l'avenir?
Spectacle BUDO GALA a 30 ans - Tournée
2008
Dr. Jian : Pour répondre à la première partie de
votre question, je peux vous dire sans hésiter que mes domaines
préférés sont le Tai Ji Quan, le Da Cheng Quan, et le Qi Gong.
A quoi ressemblent mes projets d'avenir? Et bien, je voudrais
développer et populariser les arts martiaux, notamment les
techniques internes en France et dans le monde.
Je souhaite développer ce projet avec des amis français ainsi
qu'avec des Maîtres Chinois de façon continue et fondée. Il m'est
très important que tout cela repose sur une excellente base
qualifiée, pour faire en sorte que tous les amateurs européens
d'arts martiaux puissent bénéficier de ces bons enseignements une
utilité réelle pour leurs disciplines et pour leur propre vie
privée. En collaboration avec les magazines du pratiquant d'Arts
Martiaux Ceinture N~ire, Ceinture Noire Hors série, Budoworld et
Budo-Karate, je vais diriger prochainement dans plusieurs pays de
nombreux séminaires. Cela me permettra également de pouvoir
présenter mes arts martiaux devant un grand public. Je n'ai
malheureusement pas pu participer au dernier spectacle BUDO GALA,
organisé par Ceinture Noire et Budoworld, qui s'est déroulé le 27
octobre dernier à Zagreb (Croatie), pour des raisons d'organisation.
Mais j'ai déjà mon invitation en poche pour la tournée 2008 de ce
spectacle qui fête cette année ses 30 ans d'existence. On s'y
rencontrera certainement!
CN : Nous vous remercions pour cette interview détaillée et franche
et vous souhaitons à vous et vos élèves, ainsi qu'à votre femme et
vos enfants tout le bonheur pour l'avenir ici, en Europe.
Fin
Téléchargez l'article origine dans la revue "Ceinture Noire" (Mars-Avril
2008) en format
PDF.
Première partie de l'entretien
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