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Grand Maître du
Taijiquan Dr. Jian Liujun L'esprit d'une tradition
Interview
exclusive avec Dr. Jian de l'Institut du Quimétao à Paris
Ceinture Noire, Le Magazine des Pratiquants
d'Arts Martiaux
Janvier-février 2008

Ceinture Noire: Vous
êtes de part le monde connu comme expert en Taichi et en Qi gong.
Mais vos débuts dans les arts martiaux sont quasiment inconnus.
Qu'est ce qui vous a poussé à exercer ces discipline?
Dr Jian : En fait, tout commença dès Mon plus jeune âge. En
tant que petit garçon, j'aimais beaucoup lire. J'étais très attiré
par les héros des romans chinois traitant des arts martiaux. En
Chine particulièrement, ces héros ont toujours une image très
positive. Ils sont honnêtes et exemplaires en même temps. Ils
défendent les pauvres et les faibles contre les oppresseurs. J'étais
fasciné par ces histoires et rêvais de Leur ressembler un jour,
d'être aussi fort et exemplaire que ces héros.
CN : Aviez vous d'autres motivation pour cela?
Dr Jian : Oui il faut dire qu'à l'école j'étais le plus
jeune et le plus petit, J 'étais donc à la merci de mes
camarade de classe qui étaient tous plus grands que moi. Je ne
voulais Plus de cette situation. Je me suis alors pensé, si tu étais
aussi bon que les héros de romans que tu lis, tu pourrais alors te
défendre contre eux, et les plus grands ne r embêteront pas
automatiquement.
CN : Et quand avez-vous concrètement commencer à étudier ies
Arts Martiaux?
Dr Jian : Dès l'âge de 8 ans, j'étais de la partie et à j'ai
alors commencé à pratiquer intensément les Arts Martiaux externes.
À l'époque il n'y avait pas d'école spécialisée, car ces disciplines
étaient interdites pendant la révolution culturelle. Les arts
martiaux ne furent de nouveau autorisés dans l'ancienne République
Populaire de Chine qu'au début des années 70 et le Qi Gong qu 'en
78. Mais quand on était prêt à accepter de faire un compromis, il
fallait savoir improviser. Ainsi je pratiquais avec des camarades
formés par des professeurs. Puis, plus tard je m'entraînais avec des
Maîtres qui enseignaient sans êtres professionnels pour autant.
La relation professeur/ élève en Chine
Dr Jian poursuit: Dix ans après avoir commencé avec les arts
martiaux, donc à 18 ans, j'ai suivi des cours de Tai Ji Quan à
l'université. En dehors de l'université, je pratiquais le Qi Gong et
les arts martiaux avec les Maîtres. Depuis je n'arrête plus de
pratiquer les arts martiaux et les domaines avoisinants, comme par
exemple les aspects de la santé. Mon enthousiasme ne s'est en fait
jamais affaibli. Ceci est certainement du au fait qu'en Chine
j'étais à la Source de tout cela. D'un certaine façon, je découvre
sans cesse de nouveaux enseignements auprès de différents Grands
Maîtres.

CN : Comment doit~on s'imaginer l'entente avec de Grands
Maîtres en Chine?
Dr Jian : En Asie, il existe une relation professeur / élève qui
est fortement imprégnée par la culture et les traditions. Parmi mes
excellents enseignants, j'ai eu beaucoup de Maîtres. Et je dois
m'estimer heureux d'avoir toujours entretenu de très bonnes
relations avec eux. Encore aujourd'hui, je leur rends régulièrement
visite en Chine, d'une part par simple courtoisie et respect et
d'autre part pour pouvoir pratiquer avec eux. En Chine, la vertu des
arts martiaux est fondamentale. Le professeur et son élève, le
maître et son disciple se suivent toute leur vie. On pourrait
presque prétendrent qu'ils entretiennent des relations filiales. Tel
un père et son fils, ils ont une relation basée sur le respect et
dans le meilleur des cas, cette relation est basée sur le « coeur. »

CN : En est-il encore ainsi lorsque
l'élève quitte son maître et que quelques années plus tard, il
aurait dépassé son professeur?
La vertu repose au delà du temps et de l'espace
Dr Jian : Oui, car la relation que je viens de vous décrire
n'est aucunement dépendante du temps, de l'espace ou de sa maîtrise
technique. Cette relation spéciale entre professeur et élève repose
au delà -de tous ces aspects, car elle repose sur la vertu qui en
découle.
Même si vous quittez votre professeur un jour, ce lien subsiste tout
au long de la vie. Quand bien même vous auriez dépassé votre maître,
un point primordial subsiste: C'est lui qui vous a mis sur la bonne
voie, c'est lui qui vous a accompagné pendant des années, c'est lui
qui a encouragé vos qualités et qui vous a aidé dans vos moments de
faiblesse. I a été votre guide, sans lui vous n'auriez certainement
pas osé fouler cette voie et n'auriez jamais développé cet art aussi
loin. Malheureusement cette vertu se perd de plus en plus dans la
Chine moderne, et elle n'existe presque pas en Europe.

CN : Qui ont été vos Maîtres?
Dr Jian : Je m'estime heureux d'avoir suivi les enseignements
de quelques véritables Grands Maîtres, et ce dans les diverses
disciplines des arts martiaux.
Je voudrais mentionner les Maîtres suivants: Maître HUANG Shengli (Qi
Gong), Maître CHEN Zhenglei (Tai Ji Quan), Maître MA Changxun (Tai
Ji et Nei Gong), Maître HE Zhenwei et Maître ZHANG Jinhe (Da Cheng
Quan), Maître WU Sin pour les arts martiaux.
Actuellement, je continue la pratique avec certains d'entre eux. Non
seulement je travaille avec eux en Chine, mais je fais en sorte
qu'ils viennent régulièrement en France pour rencontrer mes élèves.
Ainsi, ceux ci bénéficient également des expériences de ces Grands
Maîtres.
Les mains collantes et les domaines
d'énergie interne
CN : Qu'est-ce qui vous a le plus
impressionné dans le Qi Gong et le Tai Ji ?
Dr Jian : Quand j'étais petit, j'ai été très impressionné par
les démonstrations en Qi Gong Martial. Casser les briques à main
nue, tordre les barres de fer sur la nuque, faire rouler une voiture
sur son corps, frapper son torse avec un couteau, grimper sur un mur
grâce à la technique de la légèreté, tout ceci est étonnant! Plus
tard (ai appris à apprécier également les postures très artistiques
des arts martiaux, tout comme les gestes très fluides et gracieux,
ceux des épées et des sabres. Dans la technique des mains collantes,
il suffit de bouger à peine un doigt pour que l'adversaire soit
projeté très loin! Mais j'ai très vite compris une chose: pour
arriver à ce niveau, pour réussir à faire tout cela soi-même, il
faut réaliser un travail sur l'énergie interne. Cette énergie ne se
voit pas à l'extérieur. Au premier abord, cela ne paraît pas
impressionnant et pourtant c'est le plus essentiel.
Sans l'énergie interne, il est impossible de casser une plaque de
marbre avec sa tête! Mais si l'on souhaite réaliser le maximum dans
ses techniques, il faut alors se pencher sur le sujet des énergies
internes. C'est pourquoi je pratique toutes les techniques que (ai
acquises tout au long des années. Mais aussi pour conserver et
cultiver ce savoir.
Arts martiaux et médicine
CN : En tant qu 'experte
en arts martiaux et médecin vous vous intéressez également pour le
sport!
Dr Jian : Aujourd'hui, je ne pratique plus d'entraînement qui
est orienté principalement sur des exploits sportifs. Déjà en Chine
je me suis plus consacré à mes études. Je suis cardiologue et ai
enseigné à la faculté de médecine. Pour autant j'aime le sport en
général.
J'apprécie aussi les disciplines sportives venant de la culture
américaine comme par exemple le basket-ball, le badminton, la
natation, le foot, le jogging, ... Autrefois je faisais même partie
de l'équipe universitaire de football. J'aime tous les sports, mais
je n'ai pas un niveau professionnel. Je préfère les arts martiaux.
J'y met tout mon coeur.
J'ai pratiqué le Nan Quan (boxe du sud), le Chang Quan, Tang Lang
Quan, les épées, les bâtons, le sabre etc. Il existe en Chine bien
sûr des tournois sportifs dans ces disciplines. J'ai également
intégré l'équipe d'arts martiaux de l'université. En ce temps là,
j'ai participé à des compétitions internationales en Chine et en
France, et ai gagné des médailles d'or en Tai Ji, aux épées.
En 1998, j'ai été nommé entraîneur par l'union des Tai Ji Quan de
Wen Xian qui m'a également titularisé maître de Tai Ji. C'était une
époque brillante et intéressante à la fois. Aujourd'hui, je me
concentre plutôt sur les aspects des arts martiaux et sur leurs
domaines médicaux.

La bonne Voie et l'âme des arts martiaux
CN : À quoi est
dû votre succès?
Dr Jian : Si on dit qu'aujourd'hui j'ai du succès, c'est
avant tout grâce à mes professeurs. Sans eux, je n'aurai jamais
connu la profondeur des arts martiaux.
Un bon maître indique le bon chemin, cela évite de perdre du temps,
de f~ire des détours. Si je veux aller à Marseille, je dois prendre
la bonne direction: celle du sud! Les fondamentaux sont donnés par
les professeurs. Ensuite il y a le travail personnel. Seuls les
exercices incessants et continus, la patience et la persévérance,
permettent petit à petit de découvrir l'âme des arts martiaux et
plus tard de peut-être les comprendre.
On commence jeune à pratiquer, plus tard on en comprend l'art et
l'essence. J'ai eu l'impression de marcher longtemps sur un chemin
dont je ne connaissais pas le but. Après plus de 40 ans de pratique,
je commence à voir mon objectif!
Baigner dans une ambiance positive
CN : Et comment se développe votre
chemin en Europe?
Dr Jian : Arrivé en France en 1990, j'ai eu la chance de
découvrir ce pays et de constater que les Européens aiment les arts
martiaux chinois et le Qi Gong. Il en est de même pour la France, où
j 'habite en permanence et où je me sens très bien. De part mon
enseignement, je transmets mon savoir ici, au beau milieu de
l'Europe, dans un tout autre cercle culturel. En Chine, il y a un
proverbe qui dit que l'apprentissage et l'enseignement avancent en
même temps. Je suis d'accord avec cela. Si on a la chance de baigner
et d'enseigner dans une ambiance positive, cela favorise une
progression parallèle des professeurs et des élèves. De plus, je
suis entouré de nombreux amis français et chinois qui m'aident et
accompagnent ce développement.
Vous pourrez lire la suite de cette interview exclusive dans le
prochain numéro de Ceinture Noire.
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2008) en format PDF.
( Lire la suite dans Ceinture Noire Mars-Avril 2008 )
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